Constamment l’espérance lui susurrait des vers
Que fidèle il notait en pensant à demain,
Au beau jour où peut-être sa muse portera
Ses syllabes plus haut que sa maigre puissance.

Et pourtant pas un jour ne venait à sa porte
Pour lui offrir enfin l’accomplissement du mot ;
Pas un jour, pas une heure, pas la moindre seconde
N’apportait le répit à sa grande ambition…

Ainsi gisent en ce monde milliers d’hommes de science
Dont le plus riche savoir est celui de la mort.
La connaissance de l’être et de tous ses revers ;
La connaissance du monde, ses souris, ses larmes…

Le plus riche savoir est le moins bien vêtu,
Son unique parure étant l’humilité.
Or maigre parure mais sublime ornement
Que le cœur près du sol et si rempli du monde.

Bien des hommes réclament le sort des ignorants
Qui longtemps se prélassent aux rayons du soleil,
Ne vivant que du bruit, l’écho de l’ignorance,
Cependant nul ne voit combien faibles sont ceux
Dont la seule apparence constitue le corps…

Tout est faux chez ces êtres dont les mots sont vides,
Tout honore l’esprit qui manque à ces féaux.

Préférez le paraître si tel est votre souhait,
Adulez la bêtise, ignorez tout du monde,
Mais laissez à ceux-là qui croient encore au jour
L’illusion que le cœur n’est pas chose perdue…

Il reviendra toujours, ce féal de la lyre
Porter à sa maîtresse les mots de sa détresse…
Il viendra lui conter combien la dérision
Est la seule réponse que l’on offre à ses vers.

Alors la muse compatissante le prendra dans ses bras
Et chantera pour lui les douceurs de ce monde,
Les tendresses encore vierges dans leur simplicité
Témoignant que le monde n’est pas chose vaine.

Alors en son esprit s’annihilent les heurts,
Les mensonges, les peines, le verso de l’espèce,
Et si touché au cœur par la voix de sa vie,
Il retrouve confiance dans l’ouvrage des mots
Et regardant le ciel, la vaste page offerte,
Il poursuit son ouvrage au rythme de la lyre…

À tous ceux qui voudraient en ce monde fleurir,
Que la lyre en leur cœur instille le courage…

W.P.

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